SÉMINAIRE BABYLONE - Psychanalyse & Littérature - 2 novembre 2015 [133]

Silke SCHAUDER
Professeure des Universités, UPJV, Amiens, co-responsable pédagogique d’un DESU Art-Thérapie, psychologue clinicienne
Et Botticelli créa la femme
notes sur La Naissance de Venus (1485)
Discutant : Dimitri WEYL, Psychologue clinicien, psychanalyste.
Chercheur associé au Centre de Recherches Psychanalyse, Médecine et Sociétés, Paris Diderot


Chef - d’œuvre de la Renaissance conservé aux Offices à Florence, La Naissance de Venus de Botticelli est un des tableaux les plus connus du monde. Véritable dada de l’histoire de l’Art, il a fait l’objet de très nombreux commentaires et interprétations - les analyses foisonnent, Botticelli ayant connu une fortune critique exceptionnelle. Quelle ouverture, quelle fenêtre possible sur ce tableau, alors que « tout a été dit » ?

Dans une approche un brin iconoclaste, nous resituerons d’abord le tableau que Botticelli a peint autour de 1485 dans le contexte du mythe grec qu’il est censé illustrer. Revisiter le récit poignant de la naissance d’Aphrodite, déesse de l’amour, nous permettra-t-il de déplier différemment l’espace du tableau et ses zones d’ombre ? Comment saisir le saisissement qu’opère le tableau sur ses spectateurs ? A quel sublime nous convie-t-il, de quelle arrivée, de quelle perte est-il l’emblème énigmatique ?

Cette première trame, mythique, sera reliée à celle, biographique. Considérée comme la plus belle femme de Florence, Simonetta Vespucchi est le modèle de cette Vénus et de la plupart des autres toiles que Botticelli a peintes. En quoi le fait qu’il l’ait peinte d’après mémoire - son modèle étant décédé très jeune - intervient-il dans sa capture de l’Eternel féminin ? Le regard perdu dans le vague, la Venus de Botticelli nous permettra-t-elle d’interroger la métamorphose adolescente, son corps nubile semblant paradoxalement soustrait à toute autre pulsion que celle du regard ?

Enfin, toujours en suivant la figure de l’entrelacs et de la trame, nous nous pencherons sur le drapé que l’Heure tend à Venus pour recouvrir sa nudité. Saurons-nous lire dans ce voilement dévoilé, tel le motif dans le tapis cher à Henry James, en intaglio, en cache, quelques chiffres du féminin ?

Quelques références bibliographiques
Acidini, Cristina (dir., 2010), Botticelli poète du détail, sous la direction de Cristina Acidini, introduction de Cristina Acidini, essai de André Chastel, notices de William Dello Russo, Federico Poletti, Flammarion, Paris.

Botticelli, De Laurent Le Magnifique à Savonarole. Catalogue de l’exposition au Musée du Luxembourg, Paris et au Palazzo Strozzi, 2003.

Deimling, Barbara (1994). Botticelli, Le pouvoir évocateur de la ligne, 2014, Taschen, Rolf Taschen, Köln.

Didi-Huberman, Georges (2013). Ouvrir Venus. Nudité, rêve, cruauté. Le temps des images, Gallimard, Paris.
Gombrich, Ernst (1972). Symbolic Images. Studies in the Art of the Renaissance, Phaidon  et Zur Kunst der Renaissance. Bände 1–3 (von 4). Norm und Form. / Das symbolische Bild. / Die Entdeckung des Sichtbaren. Klett-Cotta, Stuttgart.

Grömling, Alexandra et Lingesleben, Tilman (2007). Meister der italienischen Kunst – Botticelli, Tandem Verlag, Potsdam.

Lightbrown, Ronald W. (1989). Botticelli, Leben und Werk. (trad. de l’anglais par Annemarie Seling. Hirmer, München.

Warburg, Aby (1906). Essais florentins et La naissance de Vénus et Le printemps de Sandro Botticelli, Etude des représentations de l’Antiquité dans la première renaissance italienne (trad.frs 2007), Editions Allia, Paris.

Sources audiovisuelles

Dans la série L’art en question, l’on regardera avec bonheur l’émission consacrée à La Naissance de Vénus de Botticelli sur https://www.youtube.com/watch?v=6LH0xaQp524

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