Séminaire BABYLONE – Psychanalyse & Littérature – 25 mars 2011 [94]

4ème Colloque BABYLONE, Vérité et illusions à l’adolescence : terreurs et esquisse sauvage
Alejandro ROJAS-URREGO
Psychiatre, psychanalyste
Appelle-moi seulement amour et je serai rebaptisé
Discutante : Anne-Marie SMITH**

« JULIETTE : (…) Roméo, enlève ton nom,
Et en échange de ton nom, qui n’est aucune partie de toi,
Prends-moi toute.
ROMÉO : Je te prends au mot :
Appelle-moi seulement amour et je serai rebaptisé ;
Désormais plus jamais je ne serai Roméo. »
(Roméo et Juliette. II, I, 89-92)

L’état amoureux à l’adolescence prend souvent la forme de la passion et les accents d’une tragédie. Il est aussi craint que recherché, non seulement en tant que retrouvaille et répétition, « réédition de faits anciens », mais aussi en tant que découverte nouvelle, dynamisme créateur, invention transformatrice. Il représente désormais un second baptême, une nouvelle naissance qui doit parfois dénier la première. Aimer, c’est renaître. Se défaire, afin de mieux se refaire, se récréer. Au risque, bien entendu, de se perdre pour toujours.
L’état amoureux à l’adolescence s’impose à l’attention du psychanalyste. L’expérience clinique nous confronte parfois aux effondrements psychiques qui suivent aux déceptions amoureuses. Elles sont alors les révélateurs de la qualité des assises narcissiques des adolescents dont l’identité est en souffrance. Reviviscence plus que répétition. Dans ces situations où les représentations viennent à nous manquer, la littérature nous est souvent d’un grand secours. Elle peut nous permettre de commencer à mettre en mots une histoire qui n’en a pas.
Chaque poète, chaque écrivain a une vision personnelle de l’amour. Quelques-uns en ont plusieurs et certains, parmi eux, réussissent à les faire incarner d’une façon naturelle, vivante et crédible dans leurs personnages. Chacun de ces derniers est alors l’amour en personne et, pourtant, si différent des autres… Shakespeare est dans ce territoire un maître absolu.
Roméo et Juliette , sa pièce la plus régulièrement représentée, au même rang qu’Hamlet, souligne du début à la fin la présence des contradictions irrésolues dans l’amour. Vie et Mort. Jour et Nuit. Raison et Folie. Différenciation et Fusion. Amour et Haine. Signes et Caducité des signes. Naissance et Agonie…
Un peu partout dans le monde, les jeunes gens s’identifient encore et toujours aux adolescents de Vérone. Avec la présence immanente de la vie et de la mort dans leur amour, Roméo et Juliette finiront par découvrir que l’on peut aussi mourir d’aimer.

* : Psychiatre, psychanalyste, membre de la Société colombienne de psychanalyse (SCP), Directeur de l'Institut, Full Member de l'Association Internationale de Psychanalyse (API)
** : Essayiste, traductrice, universitaire, Anne-Marie Smith a une double formation en littérature et psychanalyse; elle enseigne la littérature et la traduction littéraire à l'Institut Catholique de Paris

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