Séminaire BABYLONE – Psychanalyse & Littérature – 25 mars 2011 [92]





4ème Colloque BABYLONE, Vérité et illusions à l’adolescence : terreurs et esquisse sauvage
Silke SCHAUDER*
MICHAEL JACKSON OU LA METAMORPHOSE NEGATIVE DE L’ADOLESCENCE
NOTES SUR LE CLIP « THRILLER » (1983)
Discutante : Denis BOCHEREAU**

Danseur de la grâce d’un Nijinski, d’un Babilée, d’un Fred Astaire, King of pop dont la disparition brutale, le 25 juin 2009, a déclenché un deuil planétaire sans précédent, homme sali par deux procès pour abus sexuel sur enfant, artiste hors pair à la personnalité trouble, Peter Pan, Jacko the Wacko ou Bambi - Michael Jackson fut un des êtres les plus fascinants, les plus effrayants de la planète.  Ses clips musicaux exhibent un corps aux prouesses chorégraphiques et vocales stupéfiantes ; ses opérations de chirurgie esthétique, compulsivement répétées, l’ont transformé d’abord en un être à la beauté numérique, puis en un mutant sorti tout droit de quelque science-fiction macabre. Dysmorphophobie ou aliénation au diktat de la beauté du moment ?  Body art ou rupture, par un effacement grandiose de l’origine, avec toute filiation ? Comment lire la fascination que cet artiste exerce auprès d’un public tour à tour en extase ou horrifié ?
En quoi son plus fameux clip « Thriller » peut-il nous renseigner sur la métamorphose négative de l’adolescence, marquée ici de l’impossible accès à la génitalité ? Jackson y campe un adolescent amoureux qui, sous des assauts pulsionnels non psychisés, inintégrables, se métamorphose en un loup-garou à la sexualité vorace et bestiale, parti pour arracher à sa partenaire d’abord ravie, puis sidérée, non des cris de jouissance, mais des cris d’horreur. Pulsion de vie, pulsion de mort s’offrent une danse fascinante, doublée encore d’un jeu subtil sur les cadres narratifs et leur mise en abyme.
C’est la première fois dans son œuvre que Jackson met en scène des angoisses de type psychotiques, basées sur le morcellement, la dévoration et la défiguration, sa propre dysmorphophobie ne cessant d’ailleurs de croître à partir de « Thriller », et augmenter toujours plus ses demandes de chirurgie esthétique destinée à le faire changer de visage au point d’anéantir toute ressemblance humaine. Tel un Dr Jekyll and Mr Hyde, il met en scène le clivage d’un Moi mis en échec par une pulsion non métaphorisée, impensable, déliée, dont il ne reste que la face abjecte de la destruction.
Nous pouvons repérer dans le making of de « Thriller » un moment de bascule quand les techniciens maquilleurs retirent à Jackson l’empreinte qu’ils viennent de prendre de son visage. Fasciné, il regarde ce masque blanc qui se détache de lui comme un idéal du moi incarné, un moi-peau neuve, un leurre identificatoire qu’il n’aura de cesse de poursuivre, pour fuir sa monstruosité supposée - celle que son père lui a signifiée en le traitant de « big nose », celle que la crise d’adolescence lui inflige en lui faisant perdre le statut d’enfant chantant avec une voix d’ange, idéal, adulé et hors sexe. Cette perte inélaborée et l’impossible accès à l’angoisse de castration aboutissent à la solution perverse, qui offre une brillance narcissique de rempart, face à la béance inopérable, insuturable de l’absence du sujet à lui-même. Et si, après tout, « Thriller » était quand même un film d’amour ? Ou un film qui a en horreur le sexe ? Ou un film sur un amour horrible ? Ou un film sur l’horreur d’aimer ?
La communication sera ponctuée par des extraits de « Thriller » et des séquences du making of.


*: Maître de conférences-HDR à l'IED-Université Paris 8, responsable pédagogique du DRESU Art-Thérapie, psychologue clinicienne, essayiste.
** : Psychiatre.

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